Présentation

Comment transformer nos espaces de vie en espace de rêveries ? Comme tentative de réponse, nous cherchons à inscrire dans l’espace public un acte poétique pour venir défier un réel que l’on croit immuable. La compagnie se compose d’une équipe artistique pluridisciplinaires et d’une administratrice multifonctions. Elle s’est créée en 2012 avec le projet OCTOPUS.

OCTOPUS est un triptyque, dont l’histoire raconte les vies de 6 personnages, allant des années 80 aux années 2040. Nous sommes partis de témoignages que nous avons récolté pendant trois ans, chaque année de création, pour écrire « in fine » une histoire. Aucun critère de choix n’a été mis en place. Il est important que ces entretiens puissent s’adresser à toutes et à tous. Le questionnaire, qui constitue la base de nos échanges, est inspiré d’un travail radiophonique, que Marguerite Duras a mené dans les années 60, auprès d’enfants âgés de 6 à 8 ans.

La parole comme acte de resistance.

Nous guettons une prise de parole intime, celle qui tente de dire le monde qui résonne en soi-même. Il y a les mots, les sons, le sujet, l’interlocuteur, le locuteur, les syllabes, les phonèmes… et toute la panoplie des experts de la linguistique. Mais il y a, en plus de tout cela, quelque chose en plus. Quelque chose qui ne se mesure pas, qui ne s’évalue pas, un nouvel espace entre vous et moi

"Rien ne nait ni ne périt, mais des choses déjà existantes se combinent, puis se séparent de nouveau"
Anaxagore. 


« Cette phrase du philosophe grec Anaxagore, deviendra au fil du temps cette maxime de Lavoisier « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Depuis elle est devenue une expression aux multiples facettes, parfois bien loin des frontières de la matière ou de la biologie.  Je suis de la génération des trentenaires, ceux nés dans les années 80, la Génération Y. J’ai grandi entre un Boum et un Badaboum. La chute du mur de Berlin, le 9 novembre 1989 et la chute des deux tours du World Trade Center, le 11 septembre 2001. Je pourrais dire à mes enfants que je n’étais pas si loin, que je l’ai vu…  J’ai vu l’élection du premier président noir des Etats-Unis d’Amérique, j’ai compris que « la pomme est un fruit fort sympathique » en écoutant Chirac, j’ai voté contre Le Pen pour mon premier bulletin, j’ai assisté à l’extinction du Club Dorothée, j’ai vu des gens sombrer au fond de la méditerranée, j’ai observé la naissance de la télé-réalité, j’ai vu des files de traders, des cartons à la main devant Lehman Brothers, j’ai vu des files de gens devant les banques alimentaires et épiceries solidaires, j’ai vu des hommes et des femmes s’enflammer durant toute une nuit pour trois petits buts et une coupe jaune qui brillait de loin, j’ai vu Donald Trump devenir président des Etats Unis d’Amériques, j’ai vu une vague énorme avaler mon petit écran et les bords d’une rive sur plusieurs kilomètres, j’ai vu des hommes aimer des hommes, des femmes aimer des femmes et ne plus s’en excuser, j’ai vu des brebis qu’on avait clonées, en étant incapable de distinguer le clone de l’originale, j’ai applaudi le printemps arabe et j’ai pleuré devant l’hiver syrien, j’ai vu des lions manger des gazelles… Voilà ce que je pourrais dire à mes enfants.  Mais comment leur raconter qu’au-delà des images, il y a autre chose ? Que ce que l’on voit n’est pas toujours ce que l’on croit ? Comment leur dire que le réel n’existe pas, que le monde offre bien plus de possible qu’il n’y paraît. »

Amélie Clément.